C’est une photo devenue virale, vue des millions de fois à travers le monde. Prise le 19 octobre dernier devant le Louvre, juste après son retentissant cambriolage, on y voit un jeune homme élégant en costume trois pièces vintage, parapluie à la main, chapeau Fédora incliné sur la tête, aux côtés de policiers gardant l’entrée du musée. Un cliché intriguant d’Associated Press (AP) qui a suscité, dans les jours suivants, un écho médiatique international mais aussi des milliers de spéculations sur les réseaux sociaux quant à l’identité de l’individu. Serait-il un enquêteur hors norme propulsé d’un autre temps ? Le digne descendant d’Hercule Poirot ? Une image générée par l’Intelligence Artificielle ?
Un “gentleman” passionné d’histoire
Un mois après les faits, c’est un jeune homme, tout ce qu’il y a de plus réel, que nous rencontrons après ses cours, accompagné de sa mère et de son grand-père. Derrière le « French détective », ou « L’homme au Fédora », ainsi qu’il a été surnommé dans la presse, se cache en réalité un Rambolitain de 15 ans, Pedro Elias Garzon Delvaux. À l’aise et avenant, c’est un adolescent qu’on pourrait qualifier de bien dans ses baskets… s’il en portait. Car, fidèle au style qui l’a rendu célèbre, il arbore une fois encore un très chic costume trois pièces qu’on croirait sorti des années 40. « J’aime m’habiller élégamment » explique-t-il simplement.
Un goût qui lui vient de son père, mais aussi d’une passion pour l’histoire, développée depuis sa plus tendre enfance. « Je suis particulièrement intéressé par la période de la Seconde Guerre mondiale et je collectionne des objets d’époque. Alors pour le dernier carnaval de l’école, je me suis déguisé en Jean Moulin et j’ai tout de suite été à l’aise comme ça », détaille Pedro Elias. Depuis, ce qui était alors un déguisement est devenu une inspiration pour s’habiller au quotidien. « Au début, c’était juste une fois par semaine au lycée mais maintenant, c’est tous les jours ». L’adolescent, scolarisé en seconde à Sainte-Thérèse, assume parfaitement son style auprès de ses camarades et semble même faire quelques émules. « Pour moi, ce ne sont pas seulement des habits, c’est aussi un état d’esprit et des valeurs de gentleman qui me plaisent ».
Une enfance cosmopolite et un ancrage rambolitain
Plus amusé qu’impressionné par sa soudaine notoriété, Pedro Elias reste surpris par l’ampleur de cette histoire. D’autant que, comme le précise sa mère, Félicité, tout est parti d’une simple « sortie en famille ». « Ce dimanche-là, nous avions tous les trois prévu une visite du Louvre. Au moment où la photo a été prise, ma mère s’apprêtait à aller demander aux policiers pourquoi le musée était fermé ; on passait juste par-là » raconte le lycéen. Après cette déconvenue, le trio continue tranquillement sa journée sans se douter de l’emballement médiatique qui les attend. Quelques jours plus tard, les sollicitations commencent et le jeune homme fait l’objet d’un article dans le prestigieux New-York Times. « On a commencé à recevoir beaucoup de messages de proches vivant à l’étranger qui l’avaient reconnu depuis Séville jusqu’à Séoul » s’amuse Félicité.
Il faut dire que la famille a beaucoup voyagé avant de poser ses bagages, voilà 4 ans, dans la maison de famille rambolitaine. Si Pedro Elias « est né un matin étoilé sous le ciel de Rambouillet », comme le dit joliment sa mère, il a vécu et grandi dans plusieurs pays depuis la Grande-Bretagne à l’Amérique du Sud en passant par l’Espagne et le Bangladesh. De nombreux voyages dus au travail de son père, belge et colombien, économiste de l’environnement. « Nous nous sommes mariés à Rambouillet, nos deux enfants y sont nés et j’ai moi-même fréquenté le lycée Bascan : cette ville est notre point d’ancrage » détaille Félicité, ancienne professeur de français ayant grandi à Chartres, « dans le musée des beaux-arts » dont sa mère était conservatrice.
Un engagement au CMJ et bientôt au CCJ
Dès son arrivée à Rambouillet, Pedro Elias a souhaité s’investir dans la vie de la ville. Poussé par des amis et curieux de découvrir les avantages et inconvénients d’être un élu, il s’est présenté en 2023 au Conseil Municipal des Jeunes (CMJ) ( cf. p 20). Il y a deux ans pile, il posait d’ailleurs déjà, peu après son élection, pour le magazine de la ville (RI 332) et partageait ses projets d’avenir. Alors âgé de 13 ans, il s’imaginait faire carrière dans l’armée ou la diplomatie et souhaitait organiser une exposition historique sur la ville construite à partir de Lego. Alors que son mandat touche à sa fin, ses aspirations n’ont pas changé. Mieux encore, elles se sont confirmées et le jeune homme souhaite maintenant candidater au Conseil consultatif des jeunes (CCJ) pour prolonger son engagement. D’ici 2027, l’exposition préparée avec ses camarades du CMJ sera présentée au palais du Roi de Rome.